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jeudi 5 mars 2009

5 MARS 2009 - FLASH BACK - EQUIPAGE VINCENT F.




Journal de Bord tenu par Jean Rémy.

30/01 Toulouse – Sorokh


Partis à 3 (Karima, Vincent et moi, Jean Rémy) nous nous retrouvons à 5 à la sortie de l’aéroport de Dakar avec l’accueil de Wali et de Camel arrivé la veille. Bien briefés par Françoise et Louis, nous rejoignons les taxis sans trop de problème. Premières négociations et départ pour le domicile de Wali qui nous a conviés à déjeuner. 1 heure de route dans une ville déglinguée, sentiment de désarroi. La chaleur de l’accueil et le repas royal (premier ti-bou-dien), nous mettent à l’aise. Les routes, les premiers baobabs (on comprend mieux les inquiétudes du Petit Prince), puis la piste, latérite rouge, poussière, nous nous enfonçons dans la brousse. A notre arrivée à Sorokh, le sentiment de désarroi fait place à la curiosité, l’envie de rencontre (ça va ? et la famille ça va ? et l’activité ça va ? et la santé ça va ? et au pays ça va ? et le temps ça va ?). Dépaysement total. Soirée camping à la case accueil, mil pillé dans les mortiers, feux de cannisses éclairant le coucher, margouillats et moustiquaires.



31/01 Sorokh – Foundiougne


Des enfants qui viennent jouer autour de la case ou de nous, je ne sais pas qui étaient les plus curieux. Déjeuner rapide et découverte du village, Wali nous guide, nous raconte, répond à nos questions, déjà la tristesse de devoir partir rapidement. Taxis, piste, route, re-piste, arrivée à l’embarcadère de Foundiougne. Fériboite ? Pirogue ? Fériboite ? Négociation, puis pirogue finalement qui nous amène directement à bord du Ça Passera qui nous attend côté village. L’arrivée à bord nous donne curieusement un sentiment de « revenir à la maison ». Saliou nous rejoint et nous raconte un peu sa quasi-solitude depuis deux mois, loin de sa bien-aimée et de sa petite fille. Vincent en mal de mécanique se met à désosser le moteur de l’annexe, répare, essaie, re-répare, re-essaie, re-répare… Bon, enfin, le soir on mange à l’hôtel Foundiougne, repas moyen (soupe de poisson à la sétoise !!!), mais bonne ambiance, et retour à la rame (moitié moteur, moitié rame). Première nuit à bord, bercements du Saloum.


01/02 Foundiougne – Djifère


Visite de Foudiougne, gris-gris et négociations, quelques achats pour le bord, le bateau nous manque presque déjà et la navigation pour Djifère. Mais avant de partir il faudra remonter la ligne et la chaîne de mouillage. Remonter ET nettoyer car les eaux du Saloum semblent fertiles aux organismes subaquatiques… On en reparlera. Navigation mixte (voile et moteur) pour descendre le fleuve, Saliou barre quasiment tout le long et affiche un sourire au beau fixe. Villages de cases, baobabs, mangrove, un œil sur le sondeur et sur la carte, un homme à l’avant façon Di Caprio pour les obstacles divers, filets, bouées, puis les pirogues de plus en plus nombreuses nous accompagnent jusqu’à Djifère. L’incertitude de la carte et le soleil couchant (énorme, derrière les baobabs) nous incitent à un mouillage prudent un peu au large de la plage des pêcheurs. A la tombée de la nuit, les piroguiers chantant passent le long du Ça Passera, dans la rumeur grondante de l’océan.


02/02 Djifère – Dakar


« Départ au lever du soleil pour une arrivée de jour à Dakar ! » qu’il avait dit le Capitaine. Bon… On est partis au lever du soleil… Le fond sableux de la passe de Djifère, la dérive relevée, tout le monde à la manœuvre, un peu de tension et ça y est, on a rejoint l’océan. Au près d’accord, mais dans une mer belle, on se traîne !!! Douze tonnes d’acier d’accord, mais Ça devrait passer un peu plus vite. C’est là que les organismes subaquatiques ET colonisateurs nous reviennent à l’esprit. La coque en est recouverte, façon moumoute. Vincent essaie bien de gratter un peu, mais bon les requins, tout ça… on prend notre mal en patience au doux ronron du moteur. Tentative infructueuse de pêche, on croise une pirogue qui nous demande de l’eau et du pain. Eau fraîche et BN, un festin pour eux ? L’océan s’approfondit, la mer se lève, les 3/5^ème de l’équipage se couchent, fortunes diverses, passons les détails. Le soleil en profite pour se coucher aussi, une baleine croise notre route, regarde ! Elle a soufflé ! Non, c’est une pirogue qui rebondit dans les vagues. A plus de 10 milles des côtes et de nuit, c’est finalement moins rare qu’une baleine, là-bas. Vers 23 h les premières lueurs et un GPS infaillible nous donnent à décompter le temps qui nous sépare du mouillage. C’est encore long, mais c’est magique une arrivée à la voile. A la voile ? On s’est tapé 18 heures de moteur ! Au moins, on a de l’eau fraîche. L’arrivée dans la baie de Hann à travers les épaves et les navires sans lumière, la fatigue, allez tout le monde à la manœuvre, ronds dans l’eau, guindeau, pâtes chinoises, dodo.


03/02 Dakar


Réveillés par le muezzin, euh, non, ça c’est Camel qui a hâte de débarquer. Corne de brume pour héler le vaporetto, et nous voilà au CVD, un peu perdus, c’est pas ça Dakar, des Français agglutinés dans un vestige de civilisation Française. Prise de contact, douche, négociations, distribution des rôles autour d’un Ti-Bou-Dien. Les pleins d’eau, de fioul, de gaz, si simples d’habitude prennent un temps et une énergie toute africaine. Dakar à pied et en taxi pour retirer de l’argent, quête quasi-initiatique. Mais bon, on a le temps, on y arrive, et puis Saliou est avec nous. Promenades sur la plage de Hann, mélange de dynamisme et de misère, égouts à ciel ouvert se jetant dans la mer. Journée détente après s’être couchés à 3 heures du mat.


04/02 Dakar


Pendant qu’on gratte la coque avec Camel (3 heures à coups d’apnée de 20 secondes, la moindre tasse nous angoisse aux souvenirs des égouts de la veille), Vincent et Karima remplissent brillamment, et a peu près dans le même temps, les bactéries en moins, les formalités administratives. Mais nous voilà libérés des algues et de la paperasse pour une visite du zoo de Dakar. Zoo à l’ancienne et passés l’émerveillement de Saliou et les facéties des singes (« c’est vous les donateurs ! »), les cages cradingues et le sentiment de désarroi reprennent le dessus. Soirée au CVD, bière La Gazelle sans sirop de citron, dernières préparations, les alizés nous attendent.


05/02 au 07/02 Dakar - Palmeira


Après avoir enfin récupéré notre bonbonne de gaz, départ pour l’archipel du Cap Vert. On a laissé Saliou à Dakar, on passe Gorée, on prend le cap et nous voilà sur l’océan, le vrai, bientôt plus de côtes derrière nous, ciré, harnais, la moitié de l’équipage malade, grosse mer, mais le bateau avance bien, entre le près et le travers, libéré de sa gangue subaquatique et gaiement barré dans les alizés vers les îles promises. Et moi qui croyait que les alizés c’étaient le largue, la tiédeur, les étoiles, là c’était ça, mais pas au largue. La fatigue, mal aux mains et aux épaules, la faim, les hallucinations, tout ça, ça passe, juste le plaisir de barrer, seul, sur l’océan. Quand on se passe le relais avec Vincent, on se parle, peu, en fumant une clope. Il me parle de ses bateaux fantômes (on les voit mais on ne peut pas les fixer, mais ils y sont quand même…). Je lui parle de mes trucs pour m’endormir façon trappeur dans la couchette avant, humide et crevé. Quelques dauphins nous accompagnent, pas mal de poissons volants (ils volent vraiment !). Une nuit, je ne sais plus laquelle, l’éolienne passablement affolée par un vent autour de 30 nœuds se sépare unilatéralement d’une de ses pales, et faut aller faire le singe sur le portique pour attacher celles qui restent. C’est à la fois monotone et toujours magnifique, cet océan tout autour de nous. Parfois le vertige me prend quand je pense à notre éloignement et à la profondeur d’eau sous notre coque. Dans l’après-midi du Samedi on commence à apercevoir les premières silhouettes des hauteurs de l’île de Sal. Une fois doublé le cap, on abat pour quelques milles au vent arrière et quelques surfs. Enfin, ça c’est les alizés ! On descend la côte jusqu’au port pour un mouillage (de nuit, évidemment) un peu compliqué dans la baie de Palmeira. Nouilles chinoises pour tout le monde !


08/02 Palmeira


Vincent, déjà en mal de mécanique, et dès le déjeuner avalé se remet à démonter le moteur de l’annexe. La panne est finalement trouvée et brillement réparée, l’annexe utilisable, on en aura besoin… Quand on débarque, les enfants dansent devant l’église du village. Après presque trois jours de mer on tangue un peu quand on marche, mais tout de suite la gaieté des gens, les paysages arides mais superbes, l’ambiance « îlienne » nous mettent à l’aise et nos premières rencontres sont l’occasion de peaufiner notre portugnol (c’est un mélange de langues que Karima parle très bien, moi je comprends tout ce qu’elle dit, que Vincent tente aussi « Howo mucho ? »), on s’en sort très bien pour se déplacer, boire et manger. On trouve à Espargos un petit resto qui sera notre cantine, poisson grillé extraordinaire et patronne qui parle un peu le français. Grosse fatigue quand même et on retrouve vite le bord. Bonne ambiance au mouillage, que des vrais bateaux prêts à naviguer et quelques promène-couillons.


09/02 Palmeira


Le matin est réservé aux papiers et au plein d’eau. Karima nous dégotte facilement des porteurs d’eau qui nous amènent jusqu’au quai des bidons de 20 litres (et il en rentre beaucoup dans les 360 litres des réservoirs), mais le hors-bord marche, ça valait le coup d’insister, merci Vincent. Les papiers malgré nos craintes sont vite et bien faits. On prend le taxi jusqu’à Bahia de Mordeira, eau à 24°, poissons multicolores, corail, après Kirikou, c’est plutôt ambiance Nemo. On rentre au bateau dans l’après midi et en plongeant pour vérifier le propulseur d’hélice, Vincent nous crie « il manque une pale ! ». Sur le coup on pense qu’il s’agit du propulseur ou de l’éolienne (mais ça, on le savait déjà), mais non, il manque une pale à l’hélice principale. Stupeur et tremblements. Longue discussion pour savoir le pourquoi du comment et la façon de procéder pour le remplacement puisqu’on en a une de rechange. Tour des bateaux pour avoir des conseils, le soleil se couche déjà dans une ambiance un peu lourde, on doit partir le lendemain pour Saint Lucie.


10/02 Palmeira – Sainte Lucie


Après avoir récupéré tous les outils nécessaires à droite à gauche pour entreprendre le remplacement, on s’équipe façon équipe Cousteau et on attaque. C’est déjà pas évident hors de l’eau mais là c’est carrément galère. La matinée y passe sans que nous ayons réussi à extraire l’hélice, Camel nous fait une grosse frayeur en coulant, lesté par tous les outils quand la clef ripe sur l’arrache-moyeu. Bon repas pour se reposer un peu et reprendre des forces. A peine le dessert avalé, Vincent, enragé, replonge direct et en quelques secondes réussi ce qui nous semblait de plus en plus impossible. Remonter l’hélice neuve (pas tout à fait…) est un jeu d’enfant. Deux heures à poireauter devant la douane et nous voilà prêts à repartir. Notre ancre s’est prise dans le filin d’une épave, même pas peur, on en a vu d’autres depuis le matin. Cap sur Saint Lucie, la mer se lève, la moitié de l’équipage se couche, c’est reparti pour une longue nuit à se relayer à la barre.


11/02 Sainte Lucie


Au matin les dauphins nous rendent à nouveau visite et déjà se profile devant l’étrave les hauteurs de Sainte Lucie. Plus on s’approche plus on est fasciné par la beauté du paysage, vraiment quelque chose de féerique. L’île est déserte à part un campement de pêcheurs prés duquel nous mouillons, la mer qui déferle sur une plage moitié sable moitié rochers nous dissuade de débarquer, bien dommage, sentiment de frustration. On troque du poisson contre des clopes à des pêcheurs venus nous voir. Karima nous le prépare pour le dîner, excellent.


12/02 Sainte Lucie - Mindelo


Départ au matin pour Mindelo sur l’île de Sao Vicente, terme de notre voyage. Le courant créé par le resserrement entre les îles lève une mer très forte et très mauvaise. Nous croisons des barques de pêcheurs gréées de voiles approximatives faites de sacs de toile de jute cousus ensemble. Impressionnant dans cet endroit ou même nous, sur un bon et gros bateau, nous n’en menons pas large. Heureusement il n’y a pas long à faire et nous trouvons vite l’abri de la baie de Mindelo. Il n’y a plus de place au mouillage prés du quai et nous décidons de mouiller un peu plus au milieu dans la baie. Pendant que nous mangeons, nous ne nous apercevons pas que nous dérapons sur un fond de vase, heureusement qu’un voisin de mouillage vient nous prévenir. Et c’est pendant que nous manoeuvrons que l’hélice « neuve » nous lâche d’un coup ! (Cette hélice était légèrement fendue et n’aura finalement tenue que quelques heures). Gros moment d’inquiétude, sur notre aire nous atteignons un endroit pour mouiller, pourvu que l’ancre tienne cette fois-ci ! Ouf, ça a l’air d’aller, pendant que Vincent et Camel filent à terre demander les services de la capitainerie, je reste à bord avec Karima pour préparer des aussières pour le remorquage en me morfondant terriblement, pourvu que l’ancre tienne. C’est toujours trop long dans ces moments-là, mais rapidement la vedette arrive et entreprend de nous remorquer. Direction le ponton et une fois que nous sommes amarrés, nous soufflons un bon coup. Nous partons dans la ville à la recherche d’une hélice accompagnés par Umberto, notre guide qui nous attrape dès notre arrivée à terre. Tour des shipchandlers sans succès pour arriver finalement dans une échoppe à la fois épicerie et bar. Le taulier argentin parle bien français et va se mettre en quatre pour essayer de nous trouver une hélice. Il représente la gentillesse et la générosité des gens du Cap Vert. Nous dînons le soir dans un boui-boui en regardant les enfants préparer le Carnaval.

13/02 Mindelo


Après une visite de la ville et comme nous cherchons un resto, on nous guide chez la délicieuse Julia. Elle prépare à manger à emporter et a une toute petite pièce où nous pouvons nous attabler entre l’évier et le frigo. Le repas est simple mais excellent et Julia n’est pas avare de ses paroles et de ses rires. Retour chez notre épicier qui malheureusement n’a pas trouvé notre bonheur. C’est pas grave (Paul en trouvera finalement une en France) et ça nous donne l’occasion de goûter ses rhums arrangés. On n’est là que depuis la veille et on a déjà nos petites habitudes, tant la vie semble tranquille dans ce pays. No Stress !



14/02 Mindelo – Sal


La matinée est consacrée à préparer tout ce que nous pouvons préparer pour Paul, à nettoyer et à ranger le bateau. A midi nous sommes attendus chez Julia qui nous a qui nous a préparé une excellente feijoada et de non moins excellents poissons grillés. Et c’est le départ pour l’aéroport en fin d’après-midi pour un premier vol qui nous à ramène à Espargos sur l’île de Sal. Comme c’est un avion à hélice on a tous une petite appréhension et on aimerait bien vérifier toutes les pales. Tout se passe bien finalement et nous voilà de retour à Espargos. Sur la place du village se tient un spectacle de capoeïra. Dîner dans notre cantine du premier jour. On tue les heures à l’aéroport jusqu’à 1h du mat’ où l’on doit prendre l’avion pour Lisbonne.


15/02 Lisbonne – Toulouse


Belle escale à Lisbonne après un vol de nuit où la correspondance nous laisse une bonne partie de la journée pour visiter la ville, à pied, en bus et en « electrico » les fameux tramways tortueux de Lisbonne. Sans Maxsea faut demander son chemin mais c’est dimanche et l’ambiance dans la ville est assez sympa. Repas au Mac’Do pour se réaccoutumer, et départ pour Toulouse où nous atterrissons en fin de journée. Paul nous y attend, nous lui racontons un peu notre voyage et lui disons ce qu’il faut savoir pour récupérer le bateau à Mindelo. Regards croisés de ceux qui arrivent et de celui qui part, on pense à toi Paul, et mille mercis pour nous avoir permis de faire ce merveilleux voyage. Bon vent !

dimanche 14 décembre 2008

Vendredi 5 Décembre - Journal de bord.

Dernière journée de préparation du bateau, car nous le quitterons définitivement demain matin.
Depuis notre départ de Sète, nous avions remarqué qu’il y avait régulièrement de l’eau dans les cales du bateau et prenons la décision de tout démonter afin de trouver l’origine de la fuite.
Après avoir tout inspecté, nous constatons que le système de refroidissement du moteur fuit. Quelques colliers à resserrer et c’est réglé. Par contre, il faut écoper de l’eau mélangée à du goudron (la peinture qui devait protéger la coque a été dissoute par du gasoil) et ce n’est pas une partie de plaisir…
Avec Saliou, nous allons au village réserver un taxi pour demain et là encore les prix flambent et sont multipliés par 3. Plus d’1/2 h de palabres pour arriver à une entente. Ceci dit, je me fais un peu de soucis, car le véhicule, un break 504 de 7 places, est au bout du rouleau : il ne démarre pas, les portes ne ferment plus et je n’ose imaginer le nombre de km parcourus !
L’après midi, Saliou apprend à manœuvrer l’annexe et à se servir des rames. Dans la foulée, Paul lui donne sa première leçon de natation après l’avoir équipé du gilet de sauvetage.

Jeudi 4 Décembre - Journal de bord

A 6h, tout le monde debout ; il s’agit de faire vite pour ne pas manquer le 1er bac qui part à 7h30. Bien sûr, le temps de faire la toilette, de prendre le petit déj. et de relier le ponton avec l’annexe dont le moteur ne fonctionne toujours pas, nous sommes à la bourre ! C’est donc au pas de course que nous avalerons le km qui nous sépare de l’embarcadère et nous montons juste à temps sur le bateau.
Ensuite, un bus nous conduit jusqu’à Fatick. Il est bondé et nous avons même des chèvres sur le toit. A mes côtés, une jeune maman tient son petit garçon contre son sein ; il est curieux, très sage, et me regarde avec attention : il n’a pas dû voir beaucoup de personnes à la peau blanche !
Arrivés à la gare routière, il nous faut maintenant prendre un mini bus jusqu’à Kaolack. Ce sont des 19 places et ils ne partent que lorsqu’ils sont pleins. Nous avons de la chance et rapidement nous prenons la route. Celle-ci est en mauvais état et par endroits les nids de poule sont tellement importants que les conducteurs doivent emprunter les bas côtés. Ceci dit, notre chauffeur est prudent et ne nous a causé aucune frayeur.
Arrivés à Kaolack, sur la place centrale, je (Didier) me renseigne pour savoir dans quel bâtiment se trouvaient les établissements Vézia. C’est là que j’ai passé mes premières années, à l’époque où mes parents travaillaient au Sénégal. Aujourd’hui, l’immeuble est occupé par deux banques. Le directeur du Crédit Mutuel, prévenu de ma visite, m’autorise à circuler dans les parties extérieures et je prends de nombreux clichés pour la famille. Un vieil habitant du quartier, qui a bien connu l’époque où la Sté Vézia était en activité, me sert de guide.
Ensuite, direction le port, où mon père s’occupait de l’expédition d’arachides par bateau vers la France. On devine que l’activité économique a été florissante à l’époque : les quais sont vastes et il reste encore de grands hangars en mauvais état, qui ne semblent plus utilisés.
Par contre, de l’autre côté du fleuve, les salins semblent très actifs et on nous indique que le transport du sel se fait à l’aide d’un bateau qui remonte le Sine Saloum et embarque 2 500 T à chaque voyage.
Arrêt à l’Hôtel de Paris, bel établissement créé dans les années 40 et qui était à l’époque le lieu de RV des français travaillant à Kaolack. Ils s’y retrouvaient le week-end autour d’une bonne table.
Nous sommes reçus par le directeur, un italien, qui nous retrace l’évolution de la ville, depuis l’époque où les français y travaillaient (ils étaient 6 000 !), à aujourd’hui. Il nous invite également à regarder d’anciennes photos accrochées au mur et j’y retrouve le port avec des montagnes d’arachides prêtes à être expédiées.
Visite ensuite du village artisanal où l’on trouve surtout des sculpteurs, bijoutiers et tisserands.
Après déjeuner, nous cherchons un taxi pour Sorokh et Saliou doit négocier ferme, certains nous demandant 2 fois le prix habituel, d’autres 3 ! Finalement, c’est en taxi brousse 7 places que nous continuerons notre périple. Premier objectif, le village de Mbamane où habite la femme de Saliou. L’accès se fait par la piste et l’habitat change totalement car il n’y a que des cases.
Notre arrivée ne passe pas inaperçue et j’imagine que ce n’est pas tous les jours qu’un taxi débarque ici avec des toubabs.
Nous faisons connaissance avec Saly et les membres de sa famille, ainsi qu’avec la petite Coumba Ndoffane, qui a tout juste 2 mois et dont Saliou, le papa, est très fier. Autour d’eux, beaucoup d’enfants et bien sûr on nous demande de faire des photos souvenir.
Puis, départ pour le village de Sorokh, toujours par la piste. Nous essayons de deviner le nom des arbres et autres plantes qui poussent dans la savane et croisons deux beaux troupeaux de zébus. Les bêtes sont en bon état car l’herbe n’a pas manqué du fait qu’il a eu beaucoup d’eau lors de la saison des pluies.
A Sorokh, Saliou nous présente sa famille. Là aussi notre arrivée crée la surprise et tous sont heureux de le retrouver et de nous accueillir. Ses belle-sœur sont là, les unes occupées à piler le mil, les autres faisant la toilette des petits ou les massant. Il règne une ambiance paisible et harmonieuse et leurs faibles moyens n’altèrent en rien leur bonne humeur.
Comme nous devons revenir dans deux jours, nous ne nous attardons pas, car le dernier bac est à 18h30. D’ailleurs, nous l’attraperons de justesse.

Mercredi 3 Décembre - Journal de bord

Aujourd’hui, nous devons nous occuper du bateau ; bientôt il faudra le laisser aux bons soins de Saliou et il est nécessaire de ranger les bouts, les drisses, les écoutes, de protéger les voiles, les hublots,…
Depuis quelques jours, nous avons des soucis avec le propulseur d’étrave qui ne fonctionne plus. Je m’y attelle, découple le moteur de l’hélice et finalement nous constatons que c’est une petite pièce de 2cm2 qui s’est retirée de son logement et bloque l’ensemble. La réparation effectuée, nous faisons les essais et tout fonctionne parfaitement.
De leur côté Jeannot et François entreprennent le nettoyage des bouteilles d’eau minérale rangées près du moteur et qui baignent dans une sauce couleur goudron peu ragoutante. Ensuite, Paul et Jeannot s’attaquent au branchement de la pompe de cale automatique.
Notre travail achevé, nous allons faire quelques courses au village. Un marchand de pastèques nous fait l’article ; nous nous laissons tenter car il fait bien chaud et cela nous désaltèrera. Il fait partie de l’ethnie des Peulhs et François, qui connaît quelques mots, engage la conversation.
Sur le chemin du retour, Saliou m’apprend qu’il y a de nombreuses ethnies au Sénégal : les Wolofs, les Peulhs, les Diolas, les Toucouleurs, les Bambaras, les Soces et enfin les Sérères dont il fait partie.

Mardi 2 Décembre - Journal de bord

Nous avons passé une superbe nuit, silencieuse et reposante, ce qui a permis de recharger les batteries. Au petit matin, sur la rive bâbord, une pirogue dérange en passant une quarantaine de flamands roses ; ils prennent leur envol, viennent vers nous et nous ravissent du spectacle de leurs belles plumes roses, blanches et noires.
A partir de maintenant, nous devrons utiliser l’annexe pour aller à terre. Une fois gonflée, nous installons le moteur, mais celui-ci refuse de démarrer. Il est vrai qu’il n’a pas fonctionné depuis deux ans et une opération mécanique s’impose : circuit d’alimentation essence et circuit refroidissement à déboucher, bougie à nettoyer, …
Nous parvenons à le faire tourner, mais l’alimentation reste problématique et il s’éteint très rapidement. Ce n’est pas grave, les distances étant courtes nous utiliserons les rames.
Nous poursuivons la remontée du fleuve, arrivons à Foundiougne et mouillons devant …l’ « hôtel Foundiougne », qui dispose d’un ponton. Pour nous, le choix de l’emplacement est important, car c’est là que le voilier passera l’hiver.
Peu après, Saliou, le jeune frère de Cheikh et Waly, nous rejoint. Il arrive du village de Sorokh et doit passer quelques jours avec nous pour se familiariser avec le Ca Passera dont il sera le gardien durant les 3 mois à venir.
L’après midi, visite du village que nous trouvons très calme ; en effet, nous ne verrons quasiment pas de voiture, les gens se déplacent essentiellement à pied, en deux roues ou encore en carriole tractée par un cheval ou un âne.
Quelques échoppes bordent la rue principale et en arrière plan nous avons plusieurs arbres majestueux, des fromagers ou des baobabs.
Nous poussons jusqu’à la mosquée et Saliou en profite pour aller prier.

Lundi 1er Décembre - Journal de bord

A 4h du matin, je prends le quart quand Paul va se coucher. François s’est endormi sur la banquette du cockpit et nous ne l’avons pas réveillé car il dort comme un bienheureux, sous les étoiles. Vers 5h, Jeannot le remplace et nous croisons de très nombreux pêcheurs sur leurs pirogues très effilées. Souvent ils posent des filets, signalés par de petits drapeaux et il faut être très vigilant pour les éviter.
Nous prenons plein sud, direction l’embouchure du Sine Saloum, que nous atteignons peu avant midi. Le spectacle est superbe, avec un joli petit village à bâbord. Nous progressons à l’aide des indications du GPS qui nous indique les endroits les plus profonds et nous sommes à l’affut des bouées vertes ou rouges qui nous guident dans notre cheminement.
Beaucoup d’oiseaux, quelques pirogues et le voilier bien à plat qui glisse comme sur un miroir. Le paysage défile ; c’est de la magie pure.
Pour déjeuner nous mouillons près d’une petite plage où se reposent plusieurs oiseaux. Parmi eux trois pélicans, qui s’éloignent avec leur démarche pataude et prennent lourdement leur envol à notre approche.
Nous enfilons nos maillots et partons à la nage vers la plage. Petite balade le long de la côte, en bordure de la mangrove, où nous observons de nombreux crabes de palétuviers qui ont une carapace marron et bleu turquoise.
Nous reprenons notre progression avec le voilier quand Paul, attiré par un petit chenal, décide de s’y engager. Brusquement le bateau stoppe net et nous sommes englués dans la vase, courbés en avant sous l’effet de la décélération. Au passage, François se heurte violemment le poignet.
Nous profitons de cet arrêt forcé pour admirer les oiseaux, très nombreux.
C’est alors que sonne le téléphone : France Inter au bout du fil ! François avait informé les animateurs de l’émission « Allo la planète » de notre périple et ils nous rappellent pour nous indiquer que nous passerons ce soir à l’antenne, autour de minuit. Cela nous oblige à remonter vers le nord est, car ici la liaison téléphonique est médiocre.
Un peu plus tard, grâce à la marée montante, nous parvenons à retrouver le lit du fleuve, mais il fait déjà nuit noire. Notre progression est délicate car les pêcheurs ont installé des casiers en surface, reliés par des barres de bois. Avec Jeannot, nous nous installons à l’avant du bateau, essayant avec nos lampes de poches de repérer tous ces pièges. Malgré notre vigilance, par deux fois nous les heurtons, mais réussissons à passer sans casse.
Enfin, nous trouvons un endroit tranquille pour le mouillage, au milieu du fleuve, au sud de Foundiougne. Peu après, l’interview est réalisée et François, porte-parole du groupe, évoque le volet humanitaire et notre aventure entre copains.

Dimanche 30 Novembre - Journal de bord

Pour la dernière fois il faut s’organiser pour avitailler le bateau. En effet, nous avons prévu de mettre les voiles dans la nuit, direction le sud et il y a nécessité de refaire le plein en eau, fruits, légumes, …
Devant remplir d’eau claire les deux réservoirs, cela nous oblige à nous approcher du ponton et ce n’est pas une partie de plaisir : non seulement il n’est pas protégé, mais en plus les madriers qui le composent n’ayant pas tous la même longueur certains pointent de façon inquiétante vers la coque du bateau.
La première amarre arrache une des planches du ponton et il nous faut les conseils des locaux pour arrimer le bateau sans rien démolir.
Dès que cela est fini, départ avec François et Jeannot au marché Castor, alors que Cheikh et Olivier vont à la foire internationale de Dakar et que Paul passe l’après midi avec Waly.
Marché bigarré où nous trouvons tout ce qu’il nous fallait, guidés par un jeune qui nous aide à porter les courses. Beaux fruits et légumes ; par contre nous ne touchons pas aux poissons « frais » ou séchés, car ils sont recouverts de mouches et bien odorants.
Avant de rentrer, il nous faut retirer de l’argent. Le taxi hoquetant que nous trouvons est hors d’âge et il faut près de 30 secondes au chauffeur pour parvenir à changer une vitesse, avec des craquements inquiétants. Les portes ne ferment plus et il faut être très vigilant !
Nous pensions naïvement qu’une banque qui avait 2 à 3 vigiles à l’entrée disposait d’un distributeur en état de marche. Pas du tout. Nous en avons visité 7 avant de repartir avec des sous.
Après une bonne gazelle au CVD, nous retrouvons Olivier et prenons notre repas à bord. C’est notre dernier ici en sa compagnie car nous le quittons ce soir : son avion décolle après demain. Bien sûr nous ne sommes pas pressés de nous séparer et forcément il manque la dernière navette qui passe à 21h45.
Peu avant minuit, nous relevons le mouillage et nous approchons du ponton pour débarquer Olivier. Quel grand vide dans le bateau en 2 jours ! C’est la première fois que nous nous trouvons aussi peu nombreux. Olivier aussi va nous manquer ; ses fausses indignations, ou ses imitations de blacks, nous avaient bien fait rire.
Heureusement, on a prévu de se retrouver d’ici peu sous sa yourte, en pleine montagne.
Ensuite, nous avons traversé la douce crique de Hann, au milieu des bateaux assoupis. Nous sommes arrivés dans la grande baie de Dakar en surveillant les tankers et autres cargos, dont les mouillages sont difficilement repérables dans la nuit.
Nous mettons le cap sur l’île de Gorée en faisant attention aux pirogues qui se signalent in extrémis d’un coup de lampe de poche, à l’arrivée du voilier.

Samedi 29 Novembre - Journal de bord

Aujourd’hui, nous avons décidé de passer une journée tranquille au CVD. J’en profite pour faire mes « devoirs de vacances », c'est-à-dire alimenter le blog et envoyer quelques photos.
Le lieu s’y prête bien, devant une gazelle (bière locale) bien fraiche. Ici, on savoure le temps, les beignets d’Aïda et les cacahuètes de Mama servies … dans une bouteille de rhum !
On croise les autres skippers et on échange des renseignements avec ceux qui se sont aventuré au sud. C’est ainsi que nous faisons connaissance avec une famille qui a remonté une partie du Sine Saloum. Les conseils s’échangent et ils nous transmettent sur informatique un topo et la carte du fleuve. C’est super car nous n’étions pas parvenus à la trouver à Dakar. Or, il est important de connaître le positionnement des bancs de sable. Il est vrai qu’il y a toujours un peu d’appréhension lorsque l’on fait des incursions sur un fleuve mal balisé et sur lequel il est si facile de s’échouer.
En fin de journée, un grand bruit nous attire sur l’une des terrasses. Il est provoqué par un des skippers français qui fait une démonstration avec son « patator », un engin qu’il a fabriqué lui-même avec des tubes de PVC et qui ressemble à un bazooka. Nous sommes médusés car cet engin est capable d’expédier à 300m une pomme de terre avec pour seul combustible 3 petites giclettes de déodorisant corporel ! Franche rigolade, d’autant que notre démonstrateur ne manque pas d’humour.
Le soir, le CVD organise une fête avec un groupe de musiciens. Soirée brochettes au feu de bois et fou rire quand le groupe commence à chanter : l’un d’entre eux est déjà pompette, rien ne fonctionne côté sono et c’est au milieu des effets de larsen que les musiciens nous interprèteront leurs chansons.
Cette gaieté n’efface pas toutefois les regrets que nous avons de voir partir Jean-Jacques. En effet, son avion décolle au milieu de la nuit et il doit nous quitter. Nous avons passé ensemble de superbes moments, avons pris le temps de nous connaître, de nous apprécier et cela aussi fait partie de la magie des voyages en voilier.

Vendredi 28 novembre - Journal de Bord

Ce matin, nous accueillons Waly, originaire de Sorokh, qui enseigne l’économie dans une école d’agriculture à Dakar. Il avait fait ses études à l’université de Montpellier et avait eu Louis, le père de Paul, comme professeur. Depuis des liens étroits s’étaient noués entre les deux familles. Il doit aller ce matin en ville avec François et Paul, ce dernier devant régler des formalités pour l’association humanitaire dont il est le président.
Le reste du groupe part pour l’île de Gorée avec le bac. L’arrivée est magique, car le petit port est situé dans une crique miniature superbe.
Promenade très calme (il n’y a aucune voiture) dans les venelles de sable, dans le dédale des maisons et des cours aux jolis tons ocre et sable. Visite du musée, puis resto sympa face au port, où nous rejoignent les autres membres de l’équipe.
Waly et François sont un peu contrariés. Le premier car il a eu un accrochage vif avec le taxi concernant le prix de la course, à cause d’un malentendu, le second car il a perdu son portable.
Dès le dessert, nous sommes sollicités par les vendeurs de tableaux, cireurs de chaussures et surtout par les vendeuses de colliers et de bracelets ; ce sont des célébrités ici et elles ont pris des noms d’artistes. Il y a « Claudia Schiffer », « Vanessa Paradis » et bien d’autres vedettes.
Le patron du restaurant nous sert de guide, nous escaladons avec lui le fort qui domine l’île et profitons du superbe point de vue sur Dakar. Visite des artisans et en particulier d’un peintre qui réalise des tableaux uniquement avec des sables de couleurs différentes. Nous craquons et achetons quelques toiles, ainsi que des petits bijoux fantaisie. Il faut dire que les « gazelles » sont très persuasives et que les « gazous » que nous sommes ne peuvent résister à leur gentillesse car elles ont beaucoup de savoir-faire et d’humour.
Ensuite, visite de la célèbre maison des esclaves.
Le soir, nous partons dîner à « La Siesta », super resto situé près du CVD et tenu par un couple de français. C’est madame qui fait la cuisine et elle nous apprend qu’elle vit au Sénégal depuis une cinquantaine d’années. Waly et François nous y rejoindront, car ils sont partis récupérer le fameux portable. En effet, la personne qui l’a retrouvé s’est manifestée et a proposé un R.V.
A leur retour, ils nous informent que c’est le fameux taxi irascible qui avait retrouvé l’appareil et que cela leur avait permis de s’expliquer. Ils se sont quittés comme les meilleurs amis du monde et Waly a retrouvé le sourire.
Pour fêter cela, Olivier nous entraine dans un bar musical recommandé par une de ses amies. Il n’y a quasiment personne, la boite s’appelle « Le Ravin » et c’est mortel au point que nous attrapons un fou-rire à nous donner le hoquet !

Jeudu 27 Novembre - Journal de bord

Le matin, réveil tardif, car nous avions des heures de sommeil à rattraper. Au moment où nous envisageons de gonfler l’annexe, nous réalisons qu’il y a une barque jaune qui assure la liaison entre les voiliers et le ponton.
Nous appelons le pilote et il nous explique qu’ici tout est prévu par le CVD (Club de Voile de Dakar) pour faciliter la vie des skippers : la navette, la diffusion des infos concernant la police maritime et la douane, le bar avec connexion internet, les sanitaires, l’entretien du linge, …
Peu après, nous mettons le pied sur le sol sénégalais. Superbe accueil, car l’équipe du CVD est charmante et départ en taxi pour la Place de l’Indépendance, au centre de Dakar. A l’arrivée, nous sommes rapidement entourés par des vendeurs à la sauvette qui nous proposent montres, stylos, cartes téléphoniques, tee-shirts, colliers, bracelets, … Il nous faut patiemment assumer notre statut de « toubabs » et donc admettre que nous serons sans cesse sollicités dans certains endroits très touristiques.
Après un bon repas au restaurant « Les Gazelles », direction la police du port et la douane pour les formalités. Nous pensions que cela nous prendrait une journée entière, or nous avons tout expédié en une ½ journée!
En ville, nous nous baladons dans les petites rues où l’on trouve de tout : tél. portables, tissus, quincaillerie, fruits, … le tout présenté dans de toutes petites boutiques ou des étals en plein air. Les gens sont gais et ont un extraordinaire sens du contact. Par contre, les rues sont souvent sales.
Le soir, retour au bateau où, après les embouteillages et les klaxons, nous apprécions le calme.

dimanche 30 novembre 2008

Mercredi 26 Novembre - Journal de bord

Nous ne pensions pas pouvoir garder le spi très longtemps, car c’est une voile assez difficile à maîtriser. En fait nous l’avons maintenue tout le mardi, toute la nuit, et ce n’est que dans la matinée que nous l’avons remplacée par le génois monté sur le tangon.
Le rangement du spi par vent fort n’est pas une partie de plaisir et cela nous a occupé un bon moment.
De tout notre périple, cette journée est la plus chaude. Elle a commencé par un splendide lever de soleil, puis par l’observation de la vie en mer. Nous avons vu des tortues, une raie manta avec deux rémoras occupés à la déparasiter et surtout une multitude de poissons volants.
Nous quittons les eaux de la Mauritanie et arrivons dans celles du Sénégal. Très rapidement, nous passons au large de St Louis et avons mis le Cap Vert en point de mire sur notre GPS. A la nuit tombée, nous apercevons le halot de lumière nous signalant Dakar. Le balai aérien incessant des avions nous permet de deviner l’emplacement de l’aéroport. Puis les lueurs du phare se précisent, mais le contournement de la presqu’île de Dakar est interminable et se finit au près par 25 nœuds de vent. Nous mouillons finalement à 4 h du matin dans la splendide baie de Hann.
Enfin nous sommes arrivés, après plus de 6 jours en haute mer sans voir la terre, et nous fêtons cela en ouvrant une bonne bouteille!
Ce qui est extraordinaire, c’est que le même jour mais cinquante ans plus tôt, la mère de Paul, Françoise, mettait le pied sur le sol sénégalais…

Mardi 25 novembre - Journal de bord

Mer et vent toujours aussi calmes, c’est donc l’occasion de sortir le spi asymétrique afin d’essayer de capter les faibles brises d’air. Il est du plus bel effet et donne un air de fête au bateau. Nous croisons peu de navires, par contre nous apercevons au loin une baleine et surveillons les moments où elle remonte à la surface pour souffler. Puis c’est un requin curieux qui s’approche à trois mètres du bateau. Et enfin, des poissons volants qui font preuve d’une incroyable rapidité pour planer au dessus des vagues, échappant ainsi à leurs prédateurs (essentiellement les daurades).
Dans l’après midi, bain à l’arrière du bateau, pas du tout intimidés par la présence des requins. Justement, peu après, c’est l’un d’eux qui mordra à notre rapala, mais lorsque Olivier veut le ramener, le poisson casse la ligne d’un coup de dent et nous vole notre leurre.
Ce soir, l’air est si doux que nous dînons à l’extérieur et apprécions le thon poëllé que nous avions pêché la veille. Le tout en écoutant une divine musique, en particulier Madeleine Peyroux.

Lundi 24 Novembre - Journal de bord

Ce matin l’air est vif et le ciel nuageux. La mer est calme et jusqu’à l’horizon nous avons cette masse liquide, si énorme et si immobile que l’on se sent purifié et apaisé rien qu’à la regarder. C’est pour moi, avec la haute montagne, un des rares lieux où l’on se sent coupé du monde et étranger à toutes les contraintes règlementaires et conventionnelles. Ici la phrase « Homme libre, toujours tu chériras la mer » prend tout son sens.
Au loin, en fin de matinée, nous croisons deux bateaux de pêche, ce qui nous fait penser que nous avons quelques chances avec nos lignes. Quelques minutes après, Jean Jacques ramène un joli thon, que nous savourerons en sashimi au déjeuner.
En soirée, nous essuyons un grain. Le vent se calme en fin de nuit et nous oblige à remettre le moteur en marche. Néanmoins, globalement nous avons bien avancé depuis le départ car il nous reste moins de 300 milles à parcourir.

Dimanche 23 Novembre - Journal de bord

Aujourd’hui, grand beau avec un ciel uniformément bleu. Le vent de nord ouest est plus chaud, souffle par rafales et le bateau progresse bien. Il monte et descend au gré de la houle. Parfois un peu d’eau blanche giflée par le vent passe par-dessus bord. Dans la journée nous dépassons le fameux Tropique du Cancer. La journée s’écoule paisiblement, rythmée par les repas, les relais à la barre, la sieste, la lecture et … le journal de bord.
Après le dîner, Paul et Olivier font le premier quart et nous appellent. Le bateau est entouré par un groupe de 30 à 40 dauphins et le spectacle est féerique d’autant plus que nous sommes dans des eaux riches en plancton qui devient phosphorescent dès qu’il est agité. En avançant les dauphins ressemblent à des ogives lumineuses qui tracent à toute vitesse des arabesques lumineuses et le bateau avance dans une couronne lumineuse.
Le spectacle dure plusieurs heures et à 2H en prenant mon quart, j’ai toujours quelques dauphins près du bateau qui ne nous quitteront qu’au lever du jour, au large du Cap Blanc.

Samedi 22 novembre - Journal de bord

J’aime les aubes grises, un peu lourdes, presque pâteuses, qui prennent des couleurs à mesure que le soleil monte. Encore une belle journée avec de rares nuages. Nous allons bientôt franchir le Tropique du Cancer, quitter les eaux marocaines pour celles de la Mauritanie. A hauteur du Cap Blanc, il faudra se tenir au large pour éviter les hauts fonds. C’est ici en effet, au Banc D’Argain, que s’est échoué le célèbre bateau « La Méduse ».
Nous passons la majeure partie de la journée à l’extérieur dans le cockpit dans lequel on se sent bien, une main cramponnée sur le winch pour assurer son équilibre. On regarde la mer, le ciel, la nature et les voiles, parfois un navire qui croise au loin. On écoute le clapot qui frappe l’étrave, qui s’écrase pour laisser glisser la coque sur l’eau. Ca Passera avale les milles.
Actuellement, la nuit nous naviguons sans lune et nous pouvons observer des ciels de toute beauté. Comme il n’y a pas de lumières parasites, les étoiles sont étincelantes.

Venderdi 21 Novembre - Journal de Bord

La Gomera est loin dernière nous et nous croisons Hierro, la plus petite île de l’archipel. C’est maintenant le plein océan et ses quarts habituels. Je prends le dernier avec François et là nous croisons un superbe trois mats qui apparaît devant le soleil. C’était déjà magique et un arc en ciel vient parachever le tableau.
Nous avançons à 6 nœuds avec un vent de nord ouest régulier.

samedi 22 novembre 2008

Jeudi 20 novembre - Journal de bord

Au petit déj. quelques gouttes de pluie nous valent un bel arc en ciel et des couleurs contrastées sur San Sébastian de La Gomera.
Départ prévu dès que l’avitaillement sera réalisé et le blog alimenté.
En route vers Dakar pour 5 à 6 jours de mer selon nos calculs.
A bientôt sous les tropiques.

Mercredi 19 novembre - Journal de bord

Tour de l’île en monospace de location. Gomera est une île volcanique au relief très accidenté. Tout le centre est occupé par un Parc Naturel. Cinq vallées principales :
- Hermigua, région agricole : bananerais (les célèbres « Canaries »), vignes et légumes.
A El Cedro, Olivier repère quelques ânes. Eleveur d’ânes, il ne peut s’empêcher de leur offrir quelques pommes.
Dans le secteur, beaucoup de forets et une température bien inférieure à celle de le côte.
- Agulo, avec une superbe vue sur la mer, et un resto « routier » surplombant la vallée, où nous dégustons un excellant ragoût de chèvre et thon frais. Un vrai régal, au milieu des ouvriers et des ouvrières du chantier de la route
- Vallehermosa où nous achetons du vin dans une cave
- Valle Gran Rey, sans grand intérêt
- Alajera, avec le seul aéroport de l’île, dont la piste est plus proche de celle d’un porte avion que de celle du Bourget.

Mardi 18 novembre - Journal de bord


Au lever du soleil, nous doublons la pointe de Salema, au sud de Ténérife. Le vent a faibli. Nous sommes escortés tantôt par les ferries, tantôt par les dauphins et même par un groupe de globicéphales.
Mais le vent forcit rapidement. En quelques minutes, la mer devient forte, l’écume et les embruns nous fouettent de plus en plus fort, nous bataillons durant 2 heures sous deux ris. Jean-Jacques a abandonné depuis longtemps l’épluchure des pommes de terres et de l’intérieur du bateau François joue au cinéaste afin de fixer sur la pellicule ces moments forts, au péril de ses bosses.
Devant le port, Paul a un pressentiment : il n’y aura pas de place pour nous. Nous nous amarrons provisoirement et en effet, lorsqu’il revient de la capitainerie avec Olivier, il nous indique que nous devons partir. Ambiance catastrophe. En fait c’était une blague : Pétra, l’hôtesse d’accueil, très charmante, nous annonce qu’une place nous est réservée et que la télévision canarienne veut filmer la manœuvre et nous interviewer.
« Vous n’avez pas de femme à bord ? »
Mais nous vous attendions, réplique Paul avec répartie. Hilarité générale.

Dimanche 16 Novembre- Journal de bord

Grosse journée technique : frein de bôme à installer, halle bas de bôme à réparer car les rivets ont cédé, changement de la girouette, vidange moteur et remplacement filtre à huile, plein d’eau et de gas-oil, nettoyage du pont, …, c’est fou le travail de bricolage qu’il peut y avoir sur un voilier. D’ailleurs le coq au vin est servi à 16h !
Apéritif pris avec un couple de couseranais, qui ont pris une année sabbatique et se dirigent vers les Antilles.
Avant le coucher, nous faisons le tour des pontons pour admirer quelques superbes voiliers en escale avant la traversée de l’océan. Ambiance cosmopolite, car Ténérife est une plaque tournante pour les «tournemondistes » : à tribord nous avons un voilier russe et à bâbord un suédois.